
Le travail de Gwendoline Haüsermann commence par le support, premier lapsus. Toiles de lin, de coton, papiers, carnets scolaires ou livres comptables griffonnés deviennent des peaux vivantes, lieux d’un échange sensuel et aveugle. Le regard n’intervient qu’en second plan. Son geste consiste à vider la toile : effacer les couches sédimentées de l’habitude, des mécanismes corporels, des expériences accumulées. Une forme d’archéologie personnelle, où elle invente son écriture au risque de sa singularité.Peindre et dessiner, pratiques quotidiennes depuis 2000, sont pour elle une manière de voir et de participer au monde, une façon de dire Je, faute de mots. Les formes, les traces, les taches y creusent un espace traversé par ce qui l’habite. Regarder, c’est alors partager des secrets.Elle rejette l’idée de eprésenter ou d’illustrer. La peinture ne raconte rien, n’a pas d’histoire à conter. Collectionneuse de souvenirs photographiques, elle les accumule jusqu’à former un album informe mais vivant. Puis, dans une certaine lumière ou une manière, elle les retrouve. Elle décrit un temps fondateur où, aveugle elle assemble, divise, recrée des ensembles aux cohérences sans cesse réinventées… jusqu’au point de rupture qui engage le travail.