
Lapsus, nom masculin, invariable.
Tout commence par le support. Premier lapsus.
Qu'il soit toile de lin, de coton, papiers voire carnets scolaires, livres comptables
griffonnés, ils engagent l'oeuvre(r). Ce sont comme des peaux vivantes avec
lesquelles a lieu un premier échange. Sensuel, aveugle.
La vue, le regard n'intervient qu'en second plan. Le travail du peintre consiste a
vider la toile.
Vider le support de toutes les couches de gestes sédimentés, ceux de
l'habitude, des mécanismes imprégnés dans le corps comme autant de couches
accumulées de l'expérience. Inventer son écriture au risque de sa singularité.
Travail de l'archéologue.
Peindre, dessiner sont devenu des pratiques quotidiennes, une façon ou « une
manière » de voir et de participer au monde.
Raids de reconnaissance
Je déteste l'idée de représenter quelque chose en peinture. La peinture ne
raconte rien. N'illustre rien. Ce n'est pas son histoire a elle.
La peinture est un moyen de donner du temps à une image qu’on ne voit pas
Chaque toile est un enjeu majeur malgré les catastrophes inévitables.
C'est comme si un jury attendait derrière la porte. Rien n'est prévisible.
Apprendre à accepter l'imparfait.
Accepter que tout ne se décide pas d'avance.
S'accommoder. Accepter l'ennui aussi, sans craindre pour son identité.
L’objet de la peinture, c’est la peinture elle-même et les tableaux exposés ne se
rapportent qu’à eux-mêmes.
Ils ne font pas appel à un « ailleurs »
Peindre est d'une certaine manière une recherche jamais assouvie d'un
équilibre précaire, fragile
Je ne cherche ni une réponse ni des réponses. Il me semble que ce serait une
quête assez vaine.
Porter une attention particulière à l'infra quotidien c’est Offrir une prise à la mémoire de la routine
quotidienne,
Les femmes et les hommes écrivent leur « vie minuscule » à partir de cet
infra ordinaire qui constitue leur existence. Chaque archive, morceau d’image, page défraichie
scande son memento mori.
D'UNE SERIE L'AUTRE
La série donne la trame, une mobilité de lectures, de sens, dans et par des
espaces rendus mobiles, ouverts et interchangeables. Le temps est unité(s), qui
ensemble se déplacent, circulent ou s'immobilisent.
Le fait de pouvoir jouer avec les décalages, les stries et les accidents picturaux
m’amène vers une certaine abstraction.
Je veux parvenir à rendre par la peinture cette vision affective de la mémoire
Quand on pense à un souvenir, à un lieu, il est très rare que cette
image soit nette. Elle est souvent comme en vibration, comme un vieux rêve qui
bouge. La main est très présente, nous en faisons l'expérience dans les choses les
plus élémentaires. Elles sont expériences pour être à la fois
« bonnes » et « mauvaises », elles sont toucher, sensualité tout en
étant capable de grande cruauté.
L'effacement, le grattage, les retours en arrière, comme les repentirs y sont les
empreintes lisibles.
Ritournelle des ratés.
Les ratés sont nécessaires. Je peins pour rater.
Rater est commencer à construire, c'est la condition même pour qu'un échange
ait lieu. Jamais prévu. Pas d'avance.
Il n'y a aucun accord entre l'image et ce que je peins.
Ni formel ni signifiant. Rien qu'un instant. Je ne cherche pas, je n'ai aucune idée.
Je deviens une sorte de passeuse.
Peindre c’est d’abord un grand laisser-aller, même si le résultat a l’air très ténu.
J'entretiens cette part d'énigme ou de mystère qui me lie à la peinture.
Les aléas du temps, ses accidents et ses effets de cristallisation craquent
dorénavant sous un impératif contemporain de fascinations du présent, si ce
n’est un désir d’anticipation ou de spéculation. La trajectoire du temps souffre
d’un passé, désormais, absent.
Je ne m’intéresse pas à l’innovation.
Entre construction et effacements, chaque état de la composition occupe une
place d'importance dans la mesure où ill appréhende le caractère transitoire de
l’image La peinture devient ma manière de voir. Ma tentative est de la
reformuler, de la repenser.
J’essaye d’adopter cette manière d’appréhender mon environnement au
quotidien, de faire comme les surréalistes qui voyaient dans le réalité quelque
chose d’extraordinaire.
Regarder autrement pour révéler ce côté mystérieux de la réalité.
Regarder c'est partager des secrets.